Le soulèvement en cours en Iran articule revendications sociales, égalité des droits et rejet de la dictature. Face à la répression du régime et aux tentatives de récupération impérialistes et monarchistes, la mobilisation ouvre une nouvelle séquence à fort potentiel révolutionnaire.
Parti du grand bazar de Téhéran le 28 décembre 2025, le mouvement s’est rapidement étendu à plus de 80 villes du pays. Les sanctions internationales et la politique économique désastreuse de la République islamique d’Iran (RII) ont plongé le pays dans un profond marasme. Sur fond de défaites régionales et d’hyperinflation, l’effondrement de la monnaie nationale a fait office de détonateur. Avec une inflation officielle de 52 % et des produits de première nécessité en hausse de plus de 200 %, une grande partie de la population a sombré ces dernières années dans la pauvreté.
Une contestation politique du régime
Traditionnellement proche du clergé chiite, le bazar constitue une fraction importante de la bourgeoisie commerçante, aujourd’hui affaiblie. Le pouvoir a tenté de désamorcer la colère en cédant à certaines de ses revendications, sans succès : la jeunesse s’est engouffrée dans la brèche, suivie par des pans entiers de la société. Les réseaux militants et syndicaux se sont solidarisés du mouvement.
Les concessions du pouvoir — limogeages, aide mensuelle de 6 euros accordée à la population ou promesse d’une hausse de 40 % du salaire minimum — sont restées sans effet, car le soulèvement est avant tout politique. Il exprime une colère profonde, nourrie par des décennies d’injustices, de répression, de ségrégation de genre et de pillage par les élites du régime et des Gardiens de la Révolution, qui ont amassé des fortunes colossales.
Il s’inscrit dans la dynamique révolutionnaire ouverte par les mobilisations contre la vie chère en 2018, poursuivies en 2019 et culminant avec « Femme, Vie, Liberté » en 2022. Si ce dernier soulèvement n’a pas renversé la RII, il en a brisé la légitimité et défait un de ses fondements idéologiques, qui est l’apartheid de genre et le voile obligatoire.
Aujourd’hui, revendications économiques, lutte pour l’égalité et rejet de la dictature s’articulent, donnant au mouvement une assise sociale large et un fort potentiel révolutionnaire. Les manifestants s’en prennent aux symboles du régime et s’attaquent dans certaines villes aux QG des forces de sécurité et aux préfectures. Partout, ils font face aux forces de répression avec courage. Ils veulent en finir avec la République islamique d’Iran.
Les défis du soulèvement
Cependant, le mouvement est confronté à des défis majeurs. Conscient de la force de la mobilisation, le régime déploie une répression massive : arrestations d’activistes, fermetures d’administrations et d’universités, violences destinées à dissuader la population. À ce jour, 29 morts et des milliers d’arrestations sont recensés, tandis que les blessés sont traqués jusque dans les hôpitaux. Face au climat insurrectionnel dans de nombreuses villes, le Guide Khamenei a ordonné une répression accrue. Les nervis du régime infiltrent les manifestations afin de discréditer et diviser le mouvement, notamment en diffusant des slogans pro-monarchistes.
Les monarchistes de la diaspora tentent de manipuler l’opinion en diffusant des vidéos falsifiées, relayées par des médias financés par Washington. Cette stratégie s’inscrit dans un scénario de « regime change » soutenu par Trump et Netanyahou, qui cherchent à imposer Reza Pahlavi (fils du dernier Shah) en s’appuyant sur des secteurs conciliants de la RII. Cela leur permettrait de préserver l’appareil d’État pour continuer à imposer un ordre ultralibéral, autoritaire et à piller les ressources de l’Iran. Les menaces d’interventions militaires s’inscrivent dans cette stratégie.
Dans ce contexte, une mobilisation massive des travailleurEs par la grève pourrait être déterminante pour imposer les libertés politiques et d’organisation, le partage des richesses, l’égalité des droits, le droit à l’autodétermination des peuples et la protection de l’environnement.
La solidarité entre étudiantEs, femmes, travailleurEs et minorités nationales, ainsi que la structuration démocratique du mouvement, sont décisives pour transformer la colère en force sociale capable de renverser la RII.
Partout dans le monde, les forces de gauche, féministes et démocratiques doivent soutenir la lutte des peuples d’Iran et construire des fronts contre les ingérences impérialistes.
Babak Kia